100 ans de mémoire au Blanc-Mesnil

Depuis plus d'un siècle, Lucien Collin vit au Blanc-Mesnil. À travers ses souvenirs surgissent les rues pavées, les maisons de mâchefer, les petits métiers ambulants et l’octroi : Le Blanc-Mesnil des familles arrivées entre les deux guerres. Entre mémoire intime et récit local, confidences rares sur la commune.

Le livreur de lait Maggi sillonnait les rues.
Le Blanc-Mesnil était un petit village. Du moins dans la mémoire du centenaire Lucien Collin, qui a passé plus d’un siècle dans la commune. « Trois jours après ma naissance à Paris, en 1925, j’étais au Blanc-Mesnil : mon père Georges avait acheté rue du Plateau (NDLR : actuelle rue Victor-Basch), un terrain de huit mètres de façade, à 50 centimes le mètre carré », se remémore-t-il. Ancien enfant de l’Assistance publique, Georges a appris à se débrouiller pour vivre, d’abord seul puis avec sa femme et ses quatre enfants.
 
Le dimanche, son seul jour de repos de la semaine, ce colporteur professionnel s’attelle au chantier de la maison familiale qu’il agrandira au fil des années. « Dès 1925, le mâchefer était le roi des matériaux de construction. Sous forme de parpaing, il servait à réaliser des agglomérés moulés », raconte Albert Galicier, dans son Histoire anecdotique du Blanc-Mesnil. « Mon père s’en procurait gratuitement auprès des usines métallurgiques de la zone industrielle de La Molette qui recyclaient ainsi leurs rebuts. Il y en a encore dans ma cave », complète Lucien.

 

Le règne du système D

Dans cette ville sans vrais trottoirs, les familles raffermissent la terre avec leurs cendres de cheminée, tandis que les rues nouvelles sont empierrées au rouleau compresseur. Le mâchefer s’avère donc fort utile pour combler routes et chemins vicinaux dans une ville en pleine croissance. « Les grands axes départementaux, comme l’avenue de la République, étaient pavés, mais les nouvelles rues tracées par la municipalité étaient couvertes de pierres compressées avec de gros rouleaux », se souvient-il. Des voies que son père parcourt d’abord à pied, tirant la poussette à bras de l'épicerie Le planteur de Caïffa, puis en livreur de lait en bidons, sur une carriole tirée par un cheval, jusqu’à la crise des années 1930. « Afin qu’il trouve un emploi plus stable et mieux rémunéré, mon frère aîné et moi, nous nous sommes servis de nos devoirs d’écoliers pour lui faire classe à la maison », précise le cadet de la fratrie. Grâce à ses enfants, le père de famille devient, avant-guerre, employé municipal à l’octroi, cette « douane » où les marchandises en transit repartaient avec un « passe-debout ». Une stabilité qui ouvrira une autre histoire : celle d’un enfant juif caché sous le nom de Collin.

NADIA DE ALMEIDA. 

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